Le Congo belge  partie 2

 

 

Après-guerre[modifier | modifier le code]

 

La Belgique, occupée par les Allemands, et le reste du monde occidental avaient, après la Seconde Guerre mondiale, perdu beaucoup de prestige aux yeux des Congolais témoins des défaites de 1940. Et c'est dès 1940 que les Bakongos avaient créé leur mouvement politique, l’ABAKO. En 1941, de graves troubles eurent lieu à Elizabethville. En 1944 eut lieu l'insurrection de l'ethnie kumu. L'adjudant Karamushi proclama même en février 1944 la fin du mbula matari (l’État colonial). En mars 1944, des révoltes eurent lieu à Masisi, des grèves et des émeutes les 25 et 26 novembre 1945 à Matadi. La même année d'importants quotidiens furent créés, comme la Voix du Congolais et la Croix du Congo (sous-titre : le Journal des « évolués » congolais). En 1944 à Luluabourg, des intellectuels avait en effet publié un manifeste pour la reconnaissance et des droits spécifiques pour les évolués (Africains ayant terminé dix ans de scolarité). Apparurent alors deux mouvements, l'un violent des ouvriers, paysans et soldats et l'autre pacifique des intellectuels.

 

Le 2 septembre 1945, le Japon capitule, la Seconde Guerre mondiale est terminée, et les alliés ont gagné. L'Europe est dévastée et l'Europe occidentale se reconstruit grâce aux crédits américains. Cette situation renforce l'influence américaine en Europe et dans les colonies. La guerre froide commençant, les deux grandes puissances, les États-Unis et l'URSS, essayent de rivaliser sur le plan international, en particulier en se déclarant toutes les deux opposées au colonialisme. En effet, la Charte des Nations unies, ratifiée par la Belgique, prévoit l'« autodétermination des peuples ». Malgré cette charte et la pression internationale, les puissances coloniales refusent dans l'immédiat de consentir à l'émancipation des peuples qu'ils dominent : les colonies sont pour elles sources de richesses (mines, gaz, pétrole, etc.). Les États-Unis négocient un droit de préemption sur l’uranium de la colonie pour le développement de leur armement nucléaire7.

 

En 1946 Joseph Kasa-Vubu de l'ABAKO fait un discours intitulé Le droit du premier occupant. Les « évolués » de Léopoldville sont autorisés à s'organiser en Confédération générale des syndicats indigènes. On estime à peu près à 5 609 le nombre d’« évolués ». Suivront l'abolition du fouet, pour le clergé, les gradés de la force publique et les auxiliaires de l'administration. Face à ces mouvements nationalistes, l'administration belge commence à comprendre qu'elle perd sa colonie. Ainsi, le professeur belge Antoine Van Bilsen publie, en 1955, un document intitulé Plan de trente ans pour l'émancipation politique pour l'Afrique belge.

 

L'agenda prônait une émancipation progressive du Congo sur une période de trente ans, une durée que Van Bilsen jugeait adéquate pour créer une élite intellectuelle qui puisse prendre la place des cadres belges. Le gouvernement belge et nombre d'« évolués » furent sceptiques par rapport à ce plan, les uns parce qu'il impliquait de perdre le Congo à terme, les autres parce que cette durée leur semblait trop longue. Un groupe d'« évolués » catholiques répondit positivement à ce plan dans un manifeste publié dans un journal congolais La Conscience africaine. Leurs seules divergences concernaient l'importance de la participation congolaise au cours de cette période de trente ans.

 

Années 1950-1960[modifier | modifier le code]

 

Enseignement[modifier | modifier le code]

 

L'enseignement primaire, post-primaire, secondaire et universitaire était gratuit9.

 

En 1960, 1 773 340 élèves dont 1 650 117 en primaire, 22 780 en post-primaire, 37 388 de niveau secondaire, 1 445 suivent des cours universitaires. Seuls 68 729 élèves dans l'enseignement officiel (de l'État), 1 359 118 dans l'enseignement des missions catholiques, 322 289 élèves dans les missions protestantes9.

 

La langue d'enseignement est le français, même si quelques écoles officielles dispensent des cours en néerlandais - mais seuls des Flamands s'y intéressent9.

 

Depuis 1946, toutes les écoles sont soumises à l'inspection médicale : au début de l'année scolaire, tous les élèves subissent un examen médical; chaque année, les locaux, les dépendances et le mobilier sont passés en revue; des mesures prophylactiques sont prises en cas de maladies contagieuses; le régime alimentaire des internats est inspecté, le sport contrôlé, etc28.

 

L'enseignement supérieur : Fondation Médicale de l'Université de Louvain au Congo (Fomulac), fondé en 1926 a formé des générations d'infirmiers, laborantins et assistants médicaux. En 1932, fondation de la Cadulac, Centres Agronomiques de Louvain au Congo. En 1938 fondation de la Cemubac par l'université libre de Bruxelles pour la formation de personnel médical. En 1945, fondation à Kisantu d'une école supérieure de Sciences Administratives. En 1947, fondation du «Centre Universitaire congolais » à Kimwenza pour l'enseignement technique supérieur orienté vers les sciences administratives, agricoles et médicales. En 1954, fondation à Léopoldville de la première section pré-universitaire, puis la même année fondation de l'université Lovanium9. Ce fut la première université francophone en Afrique Noire, université d'obédience catholique. C'était aussi la seule sur le continent africain à posséder un réacteur de recherche nucléaire9. Il y avait 763 étudiants noirs et une minorité de blancs qui suivaient les cours, d'une qualité équivalente à celle de la métropole9,29. L'État créa une université officielle, laïque, à Elisabethville, en 1956. Les protestants préparaient l'ouverture d'une troisième université à Stanleyville, mais son ouverture fut retardée à 1963 à la suite des événements de l'indépendance9. Il y avait 17 diplômés à la veille de l'indépendance, mais quatre ans plus tard, le Congo sera le pays qui comptera le plus d'universitaires. On recensait 300 bibliothèques publiques en sus des bibliothèques installées par les missionnaires29.

 

Parallèlement, sont apparus des boursiers dont le niveau d'études est le même que celui des européens puisqu'ils vont faire leurs études en Belgique.

 

La formation du clergé fut une priorité pour les Missions. En 1950, 400 séminaristes suivaient les cours de Philosophie (3 ans), faisaient un stage (un an) ou étudiaient la théologie (5 ans). Le premier Congolais fut ordonné en 1917, après 21 ans de formation, études primaires et secondaires comprises9. À la fin des années 1950, 42 % de la population en âge scolaire est alphabétisée, ce qui place le Congo belge loin devant les autres pays africains9.

 

Santé[modifier | modifier le code]

 

Après les hécatombes de la fin de la période léopoldienne, on s'attacha à lutter résolument contre les épidémies, en particulier celle de la maladie du sommeil, qui avait été des plus meurtrières. Même si, au départ, le nombre de médecins était encore faible, une politique sanitaire se mit en marche et ses effets commencèrent à être visibles au cours des années vingt30.

 

En 1960, le pays possédait une infrastructure en soins de santé, recherche et formation de personnel médical qui dépassait de très loin celle des autres pays africains. Il comptait environ 3 000 établissements de soins, dont 380 hôpitaux tenus par un personnel bien formé : 750 médecins, dont 400 liés à l'État et 80 indépendants et 7 900 assistants médicaux. Le Congo belge disposait de 5,34 lits d'hôpitaux pour 1 000 habitants (soit 1 pour environ 180 habitants) alors qu'à la même époque le Ghana en avait 0,55, l'Inde 0,32 et l'Égypte 2,439.

 

Lutte contre les maladies : maladie du sommeil, on est passé de 34,000 cas en 1931 à 1,100 cas en 1959 (quasi-éradication), grâce notamment à l'éradication de la mouche tsé-tsé. Polio, rougeole, fièvre jaune : vaccination généralisée obligatoire, tant pour les Congolais que pour les Européens.

 

Vaste programme de traitement et de prévention en vue de l'éradication de la polio, de la lèpre qui touchait 2 % de la population, et de la tuberculose (0,2 % de la population contaminée)9.

 

Une intense lutte contre la malaria et ses causes aboutit notamment à l'éradication du moustique vecteur des centres urbains et de certaines zones rurales9.

 

Taux de mortalité : 39/000 en 1929 à 3/000 en 19569.

 

Dans les écoles il y avait un suivi médical assuré, une éducation sanitaire poussée. Les entreprises investissent également largement dans le domaine sanitaire.

 

Démographie et économie[modifier | modifier le code]

 

Taux de natalité en 1956 : 35/000. La moitié de la population a moins de quinze ans9.

 

De 1950 à 1958, l'indice du salaire du travailleur congolais passe de 100 à 237 pour une augmentation du coût de la vie de 20 %. Dans le même temps, le colon blanc, ainsi que le cadre moyen congolais9 est plus prospère que les habitants de métropole. Avec la fin de la guerre mondiale se produit un fort accroissement démographique : la population augmente alors de 2 % par an.

 

En 1959, le P.I.B. par habitant au Congo s'élève à 90 dollars US/habitant, proche de la Grèce et du Portugal, égal au Canada31.

 

L'urbanisation est croissante : nombreux sont alors à StanleyvilleElisabethvilleJadotville et surtout Léopoldville les hommes venus de province pour chercher du travail et qui, s'ils en trouvent, renvoient une grosse partie du salaire à leur famille restée au village.

 

Sur le plan matériel, l'ouvrage de Liliane Kissimba Et Dieu créa le Congo (éd. Bernard Gilson) recense le bilan de la colonisation, sur le plan du niveau de vie, qui se traduit, à la veille de l'indépendance, par un revenu de 90 dollars, valeur 1960, par habitant africain, le plus élevé d'Afrique, plus élevé même que celui de beaucoup d'autres pays dans le monde. Et l'accroissement du PIB est de 4,8 % par an. Enfin, il faut citer le développement des aménagements de génie civil. Outre trois grands barrages hydro-électriques, il y a un réseau ferroviaire de 5 241 km dont plusieurs centaines sont électrifiés, 14 597 km de voies navigables entretenues, 3 aéroports internationaux et 38 villes bénéficient d'aéroports.

 

Le réseau routier compte 123 554 km de routes bien entretenues : 31 771 km de routes principales, 76 857 km de routes secondaires, 17 122 km de routes privées, la plupart carrossables pour les mêmes voitures qu'en métropole : on pouvait se déplacer de Léopoldville à Elisabethville en Citroën 2CV9.

 

La croissance démographique commence à dépasser la croissance du PIB et le chômage s’installe dans les cités indigènes, les quartiers noirs des villes. La Belgique met en place un système d'allocations de chômage, les Fonds du roi et un système de protection sociale.

 

«Entre 1945 et 1959, le revenu par habitant en milieu agricole a doublé et la population vivant de l'agriculture a augmenté de 20% »9. Ce fut le résultat d'un encadrement généralisé visant à la fois l'auto-subsistance et la production de cultures industrielles. Production en tonnes (avec l'année de référence entre parenthèses) : Manioc : 780 632 (1952) ; huile de palme : 245 216 (1957) ; noix palmiste : 140 000 (1957) ; café : 60 421 (1959) ; cacao : 4 514 (1959); thé : 3 669 (1959) ; coton : 40 420 (1959) ; sucre : 17 331 (1957). Élevage : 500 000 têtes de bovins en élevage indigène; 307 000 têtes d'élevages européens. Outre la pêche dans les fleuves et rivières, la production des pêcheries est passée de 16 000 tonnes en 1946 à 145 000 tonnes en 1958. En 1960, l'agriculture fournissait 40 % des exportations9,32.

 

60 % des exportations proviennent des exportations minières32.Le Congo belge fut l’un des premiers et des principaux exportateurs d’uranium pour les États-Unis au cours de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide (mine de Shinkolobwe). Mais les produits principaux étaient le cuivre (4e producteur mondial), l'or, le diamant industriel (premier producteur mondial), l'étain. Suivent 12 autres minerais, dont le cobalt (75 % de la production mondiale)9. Les prix des produits exportés dépendaient de la concurrence internationale. Des investissements considérables ont permis le développement. Une des grandes qualités de son économie permettant sa résistance aux crises résidait dans la multiplicité de ses produits d'exportation miniers et agricoles, la perte de valeur conjoncturelle des uns étant alors compensée par la valeur des autres32.

 

La colonie ne comptait que pour moins de 6 % des exportations de la métropole et inversement, la colonie n'exportait que 8 % de son total vers la Belgique9. La Banque Centrale était chargée du rapatriement des devises provenant des exportations, au seul profit du Congo, et non de la Belgique. «Aucun transfert vers l'État belge n'a jamais eu lieu, si ce n'est pendant la guerre dans le cadre de «l'effort de guerre » »9. Par contre, il y eut des transferts de la Belgique vers le Congo, et des subventions : les dépenses du Ministère des Colonies9. Les Églises catholiques et protestantes investirent des sommes considérables provenant notamment de collectes en Belgique. Mais l'essentiel du développement du Congo provient des revenus de son activité économique prospère, qui connait une croissance constante (6,22% d'accroissement des exportations en valeur sur la période 1920-1959)32.

 

L'historien de l'ULBJean Stengers, a estimé que le bilan financier pour la Belgique, des 52 ans de colonisation s'est soldé par une perte de 235 millions de francs or33. Après 1950, la séparation des budgets trésor belge -Trésor congolais fut la règle, avec cependant des entorses en faveur de la colonie dans les dernières années précédent l'indépendance : allocation d’un demi milliard en 59 et de 2,7 milliards de francs congolais en 196034. Colette Braeckmans, journaliste, estime qu'au vu des bénéfices indirects (emprunts à la métropole, etc.), le Congo "n'a rien coûté à la Belgique"34. La charge de la dette publique représente, en 1958, 18 % du budget congolais. Les emprunts de la Colonie (qui ont provoqué un endettement comme dans l'ensemble du monde développé) se justifiaient par le rendement passé et programmé des investissements : ils ont accru les capacités de production32. À la veille de l’indépendance, une Commission pour l’étude des problèmes du Congo tire la sonnette d’alarme : à partir de 1958, à la suite de l'instabilité politique, le bilan se détériore. En 1960, les recettes du Congo s’élèveront à 12 ou 13 milliards, et les dépenses à 20 ou 21 milliards de francs congolais34.

 

Depuis 1885, 190 milliards de Francs congolais ont été investis, généralement avec de bons rendements. Cependant, un lien déterminant entre la prospérité de la Belgique et sa colonie n'a pu être établie34. La Belgique, avant la période coloniale, était seconde puissance industrielle après l'Angleterre (avec des inégalités sociales criantes), place qu'elle perdra dans les années 1880 au profit d'une amélioration lente mais progressive de la condition du prolétariat35,9. Après 1960, la Belgique connait, comme les pays voisins, une période de prospérité, les "golden sixties" ou "les trente glorieuses". Depuis l’Indépendance congolaise, les relations commerciales avec la Belgique n’ont cessé de décroître36, se positionnant largement sous la barre des 5 % de son commerce extérieur.

 

Évolution politique[modifier | modifier le code]

 

Après la guerre se constate un bouleversement des mentalités. De nombreux Congolais ont une formation conséquente, lisent, s'informent, s'ouvrent au monde et commencent à écrire. Les idéologies occidentales les contaminent à leur tour, en particulier le socialisme très répandu en métropole37, même sous sa version communiste, prônant l'émancipation du prolétariat, le soulèvement contre la bourgeoisie. Transposée en Afrique, l'idée d'émancipation s'applique aux indigènes, le plus souvent relégués à une condition prolétarienne, les Blancs représentant la bourgeoisie honnie. Très influent aussi la notion de combat non-violent, répandue par Gandhi qui a arraché à l'Angleterre son indépendance en 1948. Nkrumah s'inspire de Gandhi pour obtenir l'indépendance du Ghana en 1958. La première Conférence panafricaine à Accra38, popularise l'idée d'indépendance, d'émancipation des peuples. Les Noirs prennent conscience de l'orgueil hautain, souvent méprisant des Blancs de plus en plus nombreux39. Les privilèges et le luxe des étrangers choquent, les entraves à la liberté ne sont plus acceptées, la discipline très exigeante imposée notamment dans l'enseignement et dans les entreprises est considérée comme révoltante. Cette discipline comprenait notamment le respect d'horaires stricts, l'obligation de fournir un travail conséquent, et pour ceux qui résistent des peines corporelles (la chicotte) ou l'exclusion. L'irrespect ou le manque de compréhension des cultures autochtones est de plus en plus mal vécu, d'autant plus que la culture européenne est imposée de façon abrupte, sans ménagements. .

 

À la suite de la guerre d'Indochine et à la création de l’union française en 1946, Antoine Van Bilsen publie, en 1955, son Plan de trente ans pour l'émancipation politique pour l'Afrique belge, qui prônait l'émancipation progressive du Congo sur une période de 30 ans (cf. supra). Le cardinal congolais Malula rédige alors le « Manifeste de conscience africaine » comme réponse à Van Bilsen et accepte l’indépendance prévue pour 1985. Mais le séminariste Kasa-Vubu rédige alors son propre manifeste, « le Manifeste de l’ABAKO » qui réclame l’indépendance immédiate. Face à ces événements, et à la suite de l'activisme non violent de nombreux Noirs, l’administration belge commence à préparer lentement sa colonie vers l’indépendance.

 

En 1955, le roi Baudouin (« bwana kitoko », ou le « beau seigneur ») accomplit un voyage au Congo pour apaiser le nationalisme congolais. Si les partis politiques sont autorisés dès 1956, ils sont souvent parrainés par des partis politiques belges, ainsi l’amicale socialiste d'Alphonse Nguvulu et l'amicale libérale de Patrice Lumumba. En 1957, les Congolais peuvent, pour la première fois, participer à des élections communales. Des bourgmestres et des conseils communaux noirs sont élus. Ils ont tous des conseillers belges.

 

Les mouvements ou partis principaux sont :

 

ABAKO[modifier | modifier le code]

 

L’association d’origine ethnique ABAKO (ou Association des Bakongo), dirigée par le futur président Joseph Kasa-Vubu, décida de prendre ses distances avec le plan Van Bilsen. En partie parce que nombre d’« évolués » catholiques qui signèrent le Manifeste de conscience africaine ne faisaient pas partie de l'ethnie Kongo où l’ABAKO gagnait ses partisans, mais aussi parce que l’ABAKO prônait des idées plus radicales, sans accession progressive à l’indépendance. L’ABAKO demandait au contraire l’accession immédiate à l’indépendance. L’organisation consolida son implantation dans le Bas-Congo et à Léopoldville dans les années qui suivirent. Vers le début de 1959, le Bas-Congo échappait au contrôle des autorités belges, l’ABAKO prônant la désobéissance civile pacifique. Les autorités belges interdirent une manifestation de l’ABAKO le 4 janvier 1959, ce qui jeta des nombreux Congolais dans la rue à Léopoldville. Armés de pierre, ils attaquèrent les colons blancs avec un seul slogan Dipanda, dipanda (indépendance). La force publique répliqua en ouvrant le feu. Les émeutes durèrent du 4 au 7 janvier 1959. Les journaux parlèrent de 14 morts noirs et 9 colons tués. Le 12 janvier, Kasa-Vubu fut arrêté et emprisonné pour deux mois. Le 20 janvier, le roi Baudouin annonça la volonté belge de conduire les populations congolaises à l’indépendance.

 

Le MNC[modifier | modifier le code]

 

En parallèle se constitua le Mouvement national congolais (qui ne fut officiellement constitué qu'en 1956). Le MNC était dirigé par le charismatique futur Premier Ministre Patrice Lumumba et prônait la création d'un territoire national unique après l'indépendance. Le mouvement fut rapidement structuré en quatre sections liées à quatre provinces (des six existantes). En 1959, une scission intervint, précipitée par Albert Kalonji et d'autres cadres du MNC souhaitant une politique plus modérée que celle prônée par Lumumba. Ce groupe fut rapidement dénommé Mouvement national congolais-Kalonji. Malgré les divergences dans le parti, la faction gauchiste de Lumumba (dénommée Mouvement national congolais-Lumumba) et le MNC dans son ensemble avaient réussi à s'imposer comme le plus important et le plus influent parti du Congo belge. La Belgique vit d'un mauvais œil la montée de Lumumba et de ses idées de gauche, et y perçut une menace pour ses intérêts économiques sur le territoire. Le MNC remporta cependant clairement les premières élections au Congo et força les Belges à nommer Lumumba Premier Ministre.

 

La Conakat[modifier | modifier le code]

 

La Confédération des associations tribales du Katanga (Conakat), était dirigée par Moïse Tshombe.

 

Se définissant comme « d’authentiques Katangais », les militants de la Conakat provenaient essentiellement des ethnies LundasYeke et Basongye du Sud Katanga, connus pour leurs inimitiés à l’égard des immigrants Luba du Kasaï, pour la plupart employés dans les mines. La victoire décisive remportée par ces « étrangers » aux élections communales de 1957 aiguisa encore l’agressivité des dirigeants de la Conakat envers les immigrants du Kasaï. Le Conakat pour sa part, favorisait le rapprochement entre les colons belges et les Katangais de souche, les Katangais dits « authentiques ».

 

Une autre menace se fit jour pour la Conakat au nord du Katanga, non de la part des Lubas immigrés, mais de Lubas historiquement présents dans le Nord-Katanga. Dirigés par Jason Sendwe (en), ils créèrent leur propre mouvement politique, l’Association des Baluba du Katanga (Balubakat), qui se coalisa rapidement avec la branche lumumbiste du MNC. Malgré les affinités entre les deux groupes, les Lubas du Kasaï suivaient le mouvement de la Fédération du Kasaï (Fédéka), proche du MNC-Kalonji. Dès lors, l’alliance entre la Balubakat et le MNC-Lumumba, comprenant nombre de Luluwas, n’avait que peu de chances de trouver un écho auprès de la Fédéka. Les divergences entre les Lubas du Katanga et du Kasaï bénéficièrent directement à la Conakat et à leurs partenaires européens.

 

1958 à 1960 : stratégie non-violente pour l'indépendance[modifier | modifier le code]

 

Lumumba et Jean Van Lierde40 avaient élaboré avec les leaders de l'Abako, du P.S.A., du M.N.C. et d'autres groupements, une stratégie non-violente et collective qui s'était avérée très efficace, mobilisant des centaines de milliers de Congolais à boycotter les cérémonies officielles, les tribunaux, l'administration, refus de payer les impôts, etc40,41.La Force Publique ne put rien faire face à cette stratégie, sauf en janvier 1959, lorsqu'elle réussit à provoquer des violences lors des émeutes de Léopoldville, qui font d'une quarantaine à plus de 700 morts et conduisent à l'incarcération de Kasa-Vubu et d'autres personnalités. En octobre, les gendarmes ouvrent le feu lors d'une manifestation du MNC, faisant 30 morts et des centaines de blessés7. Fin octobre le lieutenant général Janssens et le colonel Gheysen se rendent en Belgique pour obtenir l'intervention de l'armée belge. Jean Van Lierde déclenche une campagne non-violente en Belgique: campagne de presse et agitation concentrées, avec un tract largement diffusé : « Pas un sou, pas un homme pour une guerre coloniale... Refusez de partir ». Les syndicats, le parti socialiste et le Parti communiste, les étudiants et les chrétiens de gauche le rejoignent et menacent le gouvernement de grève nationale. Le ministre de la Défense, Gilson, renonce dès lors au texte de l'arrêté qui lui donnait le pouvoir d'envoyer des miliciens au Congo. À la suite de cette mobilisation générale, tant au Congo où les actions restèrent non-violentes (plus un Blanc ne fut tué par la population), qu'en Belgique, le gouvernement belge concéda la légalisation des partis politiques congolais, suivie par des élections générales pour tout le pays40.

 

 
La cérémonie d'indépendance du Congo au cours de laquelle Lumumba a prononcé son discours

 

L'activité électorale qui s'ensuivit permit de faire émerger trois tendances politiques principales : une coalition de fédéralistes nationalises, composée de six partis ou organisations, dont l'ABAKO et le MNC-Kalonji, le MNC-Lumumba et finalement l'homme fort du Katanga, Moïse Tshombe, conscient de la vitalité économique de sa province et des intérêts financiers de l'Union minière (à l'instar de l'intérêt de Kalonji pour l'industrie diamantaire du Kasaï). En 1960, la table ronde de Bruxelles fut décidée, et se déroula du 20 janvier au 20 février. Les représentants congolais et belges se mirent d'accord sur le principe d'élections nationales dans le courant de l'année. Au lendemain de la table ronde, les transferts de fonds vers l'Europe prenaient une ampleur telle que les politiciens congolais accusèrent la Belgique de « vider la caisse » avant l’indépendance. De violentes émeutes politico-ethniques éclatèrent avant les élections au Katanga, au Kasaï et à Léopoldville, mais les violences meurtrières furent surtout le fait des Congolais de la Force publique. Les élections se déroulèrent en mai (élections législatives et provinciales) et virent la victoire des partis « nationalistes » (Céréa 10 sièges, PSA-Gizenga 13, MNC 74, total des sièges : 137 sièges) (importance de l'ABAKO) et décidèrent d'un nouveau compromis au niveau de l'exécutif : Joseph Kasa-Vubu fut élu président par le Parlement et Lumumba fut désigné Premier ministre. Lors de son discours du 30 juin, fidèle à son idéologie non-violente, il appela à "respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays"40. Dans son discours Lumumba était, en revanche, également très critique à l'égard de la politique coloniale de la Belgique:

 

 

— Extrait du discours de Patrice Lumumba

 

Relations contemporaines entre le Congo et la Belgique[modifier | modifier le code]

 

Demandes de décolonisation de l'espace public[modifier | modifier le code]

 

 
Le Monument au Général Storms aspergé le 13 juin 2020 de peinture rouge, symbole du sang des Congolais.

 

Il existe en Belgique de nombreux monuments glorifiant le passé colonial belge. La plupart datent de l'entre-deux-guerres, au sommet de la propagande patriotique. Les monuments étaient censés aider à estomper le souvenir du scandale international lié à la exactions commises dans l'État libre du Congo et à rendre la population enthousiaste à propos de la politique coloniale au Congo belge42.

 

En raison de la politique coloniale controversée au Congo belge, il a été proposé à plusieurs reprises de retirer les statues de l'espace public ou de les déplacer. Ces demandes de décolonisation de l'espace public apparaissent en Belgique dès 2004 à Ostende où la main d'un des « Congolais reconnaissants » représentés sur le monument Léopold II est sciée pour dénoncer les exactions du roi au Congo, et dès 2008 à Bruxelles où l'écrivain activiste Théophile de Giraud barbouille de peinture rouge la statue équestre de Léopold II43.

 

Ces actions s'intensifient durant les années 2010 avec l'émergence de collectifs44,45, la publication de cartes blanches46,47 et enfin l'affaire du buste du « Général Storms »48.

 

Le climax est atteint en 2020 dans la foulée des manifestations contre le racisme et les violences policières qui font suite à la mort de George Floyd, tué par la police le 25 mai 2020 à Minneapolis aux États-Unis. Le 4 juin 2020, les partis de la majorité à la Région de Bruxelles-Capitale déposent une résolution visant à décoloniser l’espace public en région bruxelloise49,50, puis commence une vague d'enlèvements et de dégradations de statues, comme les statues de Léopold II à l'université de Mons51, à Ekeren52, à Bruxelles53,54,55,56, à Auderghem57,58, à Ixelles59 et à Arlon60, ou encore le buste du roi Baudouin placé devant la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles61,62.

 

 
Vandalisme et censure de l'inscription du monument belge « L'héroïsme militaire belge anéantit l'Arabe esclavagiste ».

 

La sculpture réalisée par Thomas Vinçotte, commémorant la campagne de 1891 du vice-gouverneur et baron Francis Dhanis contre les marchands d’esclaves arabo-swahilis, est à nouveau vandalisée, alors que celle-ci condamne l'esclavage dans le monde arabo-musulman. L'inscription « L’héroïsme militaire belge anéantit l’Arabe esclavagiste » est vandalisée63.